Émigration & Saudade
L'histoire du Cap-Vert est une histoire de migration. Depuis le XVIIIe siècle, les sécheresses, les famines et l'absence de perspectives économiques ont poussé des centaines de milliers de Cap-Verdiens à l'étranger. Aujourd'hui, on estime que 700 000 Cap-Verdiens vivent dans la diaspora — plus que sur les îles elles-mêmes (600 000). Les plus grandes communautés se trouvent aux États-Unis (surtout en Nouvelle-Angleterre : Boston, Providence), au Portugal (Lisbonne), aux Pays-Bas, en France, en Italie et dans des pays d'Afrique de l'Ouest comme le Sénégal et l'Angola.
Cette diaspora massive a profondément marqué la culture capverdienne. Le sentiment central est la Saudade (Kriolu : Sodade) — un désir inconsolable de la patrie, des laissés derrière, d'un passé qui est irrévocablement perdu. La Saudade n'est pas un simple mal du pays — c'est un sentiment existentiel qui imprègne toute l'art, la littérature et la musique capverdiennes.
La chanson la plus célèbre de Cesária Évora s'appelle « Sodade » — et elle parle précisément de cette douleur : « Qui t'a montré ce long chemin ? Qui t'a montré ce long chemin, ce chemin vers São Tomé ? Sodade, sodade, sodade de ce pays de mon São Nicolau... » La mélodie est si mélancolique et universelle qu'elle est devenue l'hymne officieux du Cap-Vert — et l'hymne de tous ceux qui sont loin de chez eux.
Pour les voyageurs, cela signifie : Demandez aux Cap-Verdiens de parler de leur famille, et vous entendrez des histoires qui s'étendent sur des continents. Un oncle à Boston, une cousine à Lisbonne, un frère à Dakar. Les envois de fonds de la diaspora (Remittances) constituent une part importante du PIB. Et quand un émigrant revient au pays après des années, on célèbre comme si un mort revenait à la vie.
